Accueiljournal furtifquestion d’orgueil

Soirée avec W. et B. au Rayuela. Un chanteur trova reprend les classiques de Silvio Rodríguez. Quelques rues plus loin, le Gran Cafe Calabria. Drôle de bar à l'angle, ambiance coloniale, licorne inquiétante à l’entrée et tête de faune au fronton. Discutons intelligence artificielle. Je dis – et maintiens – c’est une question de compétences à ne jamais déléguer, c’est une question d’orgueil.


Matin réunion avec la mère d’E., qui explique les persécutions politiques liées au Movimiento Semilla. Des gens sont jetés en prison , d’autres vont l’être – je lis beaucoup d’articles de presse à ce sujet –, et je réalise que j’en connais peut-être, de ces gens. J. dit le mot « chasse aux sorcières ».

16 000 morts à Gaza, dont la moitié d’enfants. Je ne crois pas m’être déjà senti aussi déshonoré par la classe, le monde auquel j’appartiens. Est-ce qu’on osera dire dans quelques années qu’on ne savait pas bien ?


Matin six heures pour aller au boulot, Vista Hermosa bondé, bagnoles à cul sur deux kilomètres. Je dois m’insérer sur la voie de gauche pour atteindre le retorno situé à deux-cent mètres. À un moment ou à un autre, dans ce pays, il faut toujours forcer le passage pour aller où on veut. Alors je force un peu, insère la tête de Gisela – notre bagnole s’appelle Gisela – sur la voie de gauche, profitant du petit mètre que me laissse le 4x4 juste derrière. Mais au lieu de s'arrêter pour me laisser m'insérer entièrement, il continue d’avancer : cinquante centimètres, dix centimètres avant qu'il me touche. Je le vois, il ne me voit pas, la tôle se tord et l’autre abruti qui ne comprend pas pourquoi sa bagnole a cessé d’avancer. Une seconde plus tard, il baisse les vitres fumées. Ils sont cinq ou six à l’intérieur, avec uniformes et casquettes PNC  : des flics dans une bagnole banalisée.

C’était en fait un convoi : un autre 4x4 suivait derrière, qui transportait des officiels bien beaux et guatémaltèquement cravatés. Quand mon assureur est arrivé, un des officiels cravatés l’a pris à part, et malgré le bruit et la distance qui nous séparaient, j’ai bien compris son langage corporel ; il ne lui donnait pas sa version des faits, il lui donnait un ordre : le français, c’est lui le responsable. (Subtil mélange de bêtise, d’autoritarisme et de corruption qui nique la vie des gens d’ici)


Un convivio chez D. – aka une soirée. Ai dû ouvrir le karaoke sur How deep is your love et finir bien borracho.

Venons d’arriver, B. et moi, à Santiago de Atitlan en empruntant la lancha qui dessert tous les pueblos du coin. El Lago, s’il était vraiment perdu, pourrait être une des dernières merveilles du monde perdu. Plus tôt dans la voiture, sur le bord de la route, des enfants crève-la-faim par centaines nous faisaient coucou de la main dans l’espoir qu’on s’arrête pour donner quelques quetzals. Parfois, sur cette même route, il n’y a pas un mètre carré de terre qui ne soit pas souillé d’un emballage plastique. Je voudrais tant qu’il existe encore un monde perdu.