Le sommeil n'est plus le sommeil. Même quand je dors, je ne dors pas, sans atteindre pour autant les altitudes du rêve. Je reste dans un état d'inconscience relative, traversé par la guerre lointaine. Mon roman, loin de moi, dans le coin de la pièce, pourrit. Et mes cheveux tombent.
Vendredi, O. a fini par péter les plombs, insultant tout le monde, menaçant de mort des collègues et prenant les élèves à partie. Ça faisait des semaines que ça n'allait plus. « Je suis plus puissante que Trump, moi ! », répétait-elle.
Deux heures de tráfico ce matin : un camion-citerne s'est mis en travers de la voie avant six heures ; à neuf heures il était toujours là.
Déçu par Le Rêve du Jaguar, qui commence comme un pastiche de García Márquez et se termine par un long étirement biographique, toute fantaisie éteinte. Mais, tout compte fait, c'est de ces romans-là dont on a besoin : des romans qui ne s'abritent pas derrière le paravent du journalistique, du document gris ; on a besoin de ces fictions qui saisissent le réel et le portent vers l'extérieur.
Je tire de l'activité d'aujourd'hui avec les secondes une certitude : il est impossible d'apprendre à rédiger, c'est-à-dire à écrire, avec autre chose qu'un papier et un stylo.
En écoutant Echenoz causer à la radio, j'ai regretté de ne pas m'être, plus jeune, rempli la tête de davantage de livres, et d'avoir attendu vingt ans – et encore, plutôt vingt-cinq – pour me construire une bibliothèque intime et large. Aujourd'hui, la mienne est irrémédiablement lacunaire, où sont absents des auteurs que j'aurais dû connaître, et que je ne connaîtrais sans doute jamais, car certains d'entre eux doivent être lus à quinze ans, vingt ans, ensuite c'est trop tard. Est-ce qu'on peut encore découvrir et se laisser transporter par Beckett ou Joyce, à mon âge ? Peut-on dire qu'il est encore temps, pour Burroughs ? Tout est tellement sédimenté, dans une tête, après trente ans.
J'apprends qu'en 1997, sur l'album Earthling, David Bowie a écrit et interprété une chanson intitulée « I'm afraid of Americans ». Dans le clip, on voit Bowie fuir à travers les rues de New York, tandis que les passants, tantôt agressifs, tantôt effacés, menacent n'importe qui en mimant des flingues avec les mains.
« Elles éclatèrent de rire en mimant les gestes du skieur, mais elles n'étaient pas sur les cimes du Colorado, elles étaient dans le désert du nord du Mexique, lequel explosa soudain au firmament sous l'effet du soleil couchant et traversa les vitraux de l'hôtel tudoro-normand, illuminant et coloriant le visage de la vingtaine de femmes d'un rouge luciférien, aveuglant leurs lentilles de contact et les obligeant à contempler le spectacle quotidien du soleil disparaissant au milieu du feu, emportant tous ces trésors dans l'inframonde en les exhibant une dernière fois parmi les montagnes chauves et les plaines caillouteuses, ne laissant que les figuiers de barbarie couronner la nuit, emportant tout avec lui, la vie, la beauté, l'ambition, la jalousie, la fortune – reviendra-t-il, le soleil ? »
La Frontière de verre, Carlos Fuentes
Mutineries générales et coordonnées dans les prisons, en faveur des chefs pandilleros – et soutenues et financées, sans aucun doute, par les forces conservatrices qui n'ont jamais accepté la prise de pouvoir d'Arévalo. On voit des vidéos, diffusées sur Youtube, où les maras paradent sur les toits des prisons, les tee-shirts mis en cagoule, filmant tout au téléphone et inscrivant leurs revendications sur des panneaux afin qu'elles fassent le tour des réseaux : ils réclament, très sérieusement, la clim' dans les cellules, le transfèrement de leur chef vers la prison de son choix, des lits king size, et l'accès à PedidosYa (le Uber Eats local) pour se faire livrer de la bouffe de restaurant. Il y a une quarantaine d'otages.
De plus, dans différentes zones de la capitale, et toujours de manière coordonnée, une dizaine de policiers ont été exécutés en pleine rue, pour appuyer les revendications des narcos. L'état de siège est déclaré dans le pays pour un mois et les cours sont annulés jusqu'à nouvel ordre. Tout à l'heure, il n'y avait personne le long du boulevard, et l'air était épais. On flippait tous. J'allais chez S. pour la partie d'échecs dominicale : plus que d'habitude, je guettais les motos.
Laisser un commentaire