Fin du Huayhuash avant-hier. Avons laissé H. en bonne compagnie, très tard dans les rues de Huaraz, tout plein de pisco sour. On se reverra demain à Lima, et j'ai du mal à envisager que la fois suivante, H. et moi, on se retrouvera dans une autre vie, en France, dans la toute petite France des champs.


Vingt-cinq heures de bus pour rejoindre Cuzco. Faisons les touristes. Tour guidé, déplaisant, à travers les montagnes de couleur. Ces montagnes, il a fallu attendre la fonte des glaces, due au réchauffement climatique, pour que les habitants de ces terres reculées, à quatre ou cinq heures de la première ville, se rendent compte que sous les glaciers se trouvaient des terres corrodées, rouges, vertes ou tirant sur le cyan – et la manne touristique que cela pourrait représenter. Sur les cimes, on trouve des villageois grotesques, déguisés en costume de fête, à se cailler dans le froid en tenant un lama en laisse, pour quelques soles la photo. Et les touristes sont ravis. C'est une humiliation. 

À Cuzco, le business des pulls en laine d'alpaga est bien mystérieux ; il y en a à tous les prix, de 150 soles à 700 soles, sans que la qualité change pour nos yeux mécréants. On a acheté deux pulls ; j'aimerais maintenant savoir de quelle manière je me suis fait arnaquer – je précise, avec le sourire.

Fin des Détectives Sauvages. Je voudrais lire tout Bolaño, maintenant, dans la seconde, en un claquement de doigts.


Ollantaytambo, au cœur de la Vallée Sacrée. Pizarro a dû s'y reprendre à deux fois pour que tombe la citadelle inca accrochée aux reliefs. Ici les Occidentaux sont partout. Les seuls locaux que nous croisons sont ceux qui font le ménage à l'hôtel. Je lis les poèmes de Bolaño, qui – c'est le théorème de Brian Eno – me donnent envie d'en écrire à mon tour. Et puis Alturas de Machu Picchu, de Neruda, au-dessus des airs et contre les falaises.


Visite de quelques villages dans la vallée : Chinchero, Maras. Les mines de sel, étranges et magnétiques, comme si le blanc du ciel, pour une fois, avait manqué son décollage. À Chinchero, B. achète un pull en laine d'alpaga, mais à 40 soles. En apparence, c'est exactement le même qu'à Cuzco, où il coûte 250. Avons pris la décision de ne pas nous rendre au Machu Picchu.


Toute la journée dans la montagne, jusqu'à la ruine d'Inti Punku, sur les hauteurs d'Ollantaytambo. Là-bas, avons décidé de poursuivre jusqu'à ce col qui n'a pas de nom, entre deux pics, qu'on atteint en suivant un chemin de chèvre qui donne l'impression de transpercer les plaques rocheuses effilées qui gardent le passage. Quasiment 1700m de dénivelé positif dans la journée.

Neruda sur les hauteurs du Machu Picchu :

Plus bas, dans la géologie,

Comme une épée enveloppée de météores,

J'ai plongé ma main turbulente et douce,

Au plus génital du terrestre.


Arequipa. Construite en roche de sillar, ville toute blanche. Visitons le monastère Santa Catalina. Rien lu du tout. Une longue sieste dans l'après-midi.

Préparation pour l'ascension du volcan Chachani, 6000 mètres. Le guide nous dit que nous effectuerons la montée finale à partir de 1h du matin, puis le vent se lèvera en atteignant la face exposée, et nous marcherons deux ou trois heures sous -15° avant le lever du soleil. Une pointe d'appréhension le soir en préparant les affaires.