Grâce à l'ami W., j'ai découvert cet album peu après mon arrivée au Guatemala. Al Final de este viaje restera le grand album de mon temps guatémaltèque, par la perfection mélodique et la densité de montagnes russes de ces hymnes guitare-voix, qu'on connaît encore par coeur, par générations entières, du Mexique jusqu'au Chili. Silvio Rodríguez est une figure de la trova – qui me semble l'équivalent hispanophone de la folk américaine, mais les spécialistes me tireront sûrement les oreilles d'oser le rapprochement –, ainsi qu'un soutien de la première heure de la révolution cubaine, et plus largement des émancipations sudaméricaines. Sans exagérer, j'ai écouté cet album des centaines de fois, ses mélodies jamais ne s'épuisent et habitent mes routes défoncées du Guatemala. Enfin, puisque l'espagnol, encore aujourd'hui, m'entre mal dans la tête, j'ai dû, pour percer ces chansons au sens désespérément fuyant, les traduire comme un écolier, bêtement pour comprendre ce que je chantais à tue-tête. Bien que la tâche ne soit pas d'une grande difficulté, je l'ai sans doute fait de manière un peu trop littérale, mais j'espère sans contresens. Dans le premier morceau, cette « Chanson de l'Élu », on remarquera quelques images toutes dylaniennes à propos de cet étrange « ser de la nada » – en réalité, le révolutionnaire cubain Abel Santamaría, mort en captivité après la prise avortée de la caserne Moncada en 1953 à Santiago de Cuba –, cet homme « né d'une tempête », avec des « bris de verre dans la tête » (ou bien des cristaux broyés, comme on voudra), armé de son « canon du futur » et laissant pour morts derrière lui tous les salauds. Le reste est à venir.
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Canción del Elegido Siempre que se hace una historia se habla de un viejo, de un niño o de sí. Pero mi historia es difícil, no voy a hablarles de un hombre común. Haré la historia de un ser de otro mundo, de un animal de galaxia. Es una historia que tiene que ver con el curso de la Vía Láctea. Es una historia enterrada, es sobre un ser de la nada.
Nació de una tormenta, en el sol de una noche, el penúltimo mes. Fue de planeta en planeta buscando agua potable; quizás buscando la vida o buscando la muerte –eso nunca se sabe–; quizás buscando siluetas o algo semejante que fuera adorable o por lo menos querible, besable, amable.
Él descubrió que las minas del rey Salomón se hallaban en el cielo y no en el África ardiente, como pensaba la gente. Pero las piedras son frías y le interesaban calor y alegrías. Las joyas no tenían alma, sólo eran espejos, colores brillantes. Y al fin bajó hacia la guerra (perdón, quise decir: a la tierra).
Supo la historia de un golpe, sintió en su cabeza cristales molidos, y comprendió que la guerra era la paz del futuro. Lo más terrible se aprende enseguida y lo hermoso nos cuesta la vida. La última vez lo vi irse entre el humo y metralla, contento y desnudo. Iba matando canallas con su cañón de futuro. Iba matando canallas con su cañón de futuro. |
Chanson de l'Élu À chaque fois qu’on raconte une histoire on parle d'un vieux, d'un enfant ou de soi-même. Mais mon histoire est difficile, je ne vais pas vous parler d'un homme normal. Je raconterai l'histoire d'un homme d'un autre monde, d'un animal de galaxie. C'est une histoire liée au cours de la voie Lactée. C'est une histoire enterrée, à propos d'un homme de nulle part.
Né d'une tempête, dans le soleil d'une nuit, l'avant-dernier mois. Il alla de planète en planète cherchant de l'eau potable ; peut-être cherchant la vie ou bien cherchant la mort – on ne le sait pas – ; peut-être cherchant des silhouettes ou quelque chose de semblable qui serait adorable ou du moins désirable, embrassable, aimable.
Il découvrit que les mines du Roi Salomon se trouvaient dans le ciel et non dans l'Afrique ardente, comme le pensaient les gens. Mais les pierres sont froides Et seules l’intéressaient la chaleur et les joies. Les bijoux n'avaient pas d'âme, ce n’étaient que des miroirs, des couleurs brillantes. Et enfin il descendit jusqu'à la guerre (pardon, je veux dire : à la terre).
Il apprit l’histoire d’un coup d'État, sentit dans sa tête des bris de verre, et comprit que la guerre était la paix du futur. Le plus terrible s’apprend immédiatement et le beau nous prend toute la vie. La dernière fois je l’ai vu s’en aller entre la fumée et la mitraille, Heureux et dénudé. Il tuait des salauds avec son canon du futur. Il tuait des salauds avec son canon du futur. |
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