À l'heure où la littérature perd partout du terrain (je poursuis ma lecture de La Serpe, qui me fait beaucoup réfléchir, mais à son corps défendant), les romans qui se vendent aujourd'hui sont presque toujours des livres qui mettent en scène un auteur défrichant un sujet. Je fais l'hypothèse que le succès de ces livres tient moins au sujet qu'à l'auteur-narrateur qui le porte. Il suffit de demander à des adolescents quelles questions ils ont envie de poser à un auteur : « Combien vous gagnez monsieur ? » ou « En combien de temps vous écrivez un livre ? » Rien de plus normal, mais le problème est que l'ensemble du lectorat s'aligne sur ces questions. Dans l'imaginaire public, ce qu'il reste de séduisant en littérature, c'est la vie de l'auteur, son existence pratique. Le reste provoque des bâillements. La Serpe n'aurait pas plus d'intérêt, sans son auteur-narrateur, qu'un article paru dans ces hebdomadaires qu'on ne lit plus. Les livres qui se vendent sont ceux qui offrent au public la dernière chose qui les intéresse, l'auteur, dont on flatte le cul comme au marché à bestiaux. – Des fictions non fictionnelles, voilà ce qui reste à écrire.


La Dolce Vita, un peu long, un peu vain parfois, c'est même tout le sujet. Grande idée de ce personnage, qui est partout, à la fois en retrait et dans l'action – jusqu'à la scène finale, le sommet de perversité du coussin déplumé.

Demain c'est 31 décembre et j'aimerais que demain ne soit pas un 31, pas envie de parler ni de picoler ni rien, que demain soit un jour normal, un film et quelques pages.


Hier soir peu avant minuit, des milliers, des dizaines de milliers de feux d'artifice tirés simultanément à travers la ville. À des kilomètres à la ronde, horizon bas, des éclats lumineux cassent le ciel au son des pétards, pendant vingt ou trente minutes. On était sur la terrasse, on avait bu un peu, avec le vertige de tourner sur soi-même.


Hier soir, H. raconte l'histoire d'un de ses voisins, dans une communauté rurale, qu'on a mis en prison pour s'être opposé à un riche député qui voulait s'accaparer des terres. Les gens qu'on jette en prison, il faut que sa communauté paye un impôt – dont le nom m'échappe – pour qu'ils soient correctement protégés à l'intérieur... La communauté s'en est acquitté. Mais le pauvre homme a perdu trois ans de sa vie, et le député a acheté pour un prix dérisoire les terres qu'il convoitait.


À raison, la presse est obnubilée par le Venezuela. Il s'est produit en quelques jours une quantité invraisemblable d'analyses – celles que j'ai lues, je les ai trouvées assez juste – sur l'enlèvement de Maduro, la nature brutale et impériale du nouveau régime américain, et les conséquences sur ce qu'il reste de la stabilité mondiale. Mais j'ai l'impression que, justement, ce qui marque cet événement géopolitique, c'est que personne n'a plus besoin d'analyse. Les actes sont clairs, ainsi que les commentaires et les discours de ceux les ayant commis. Il y a longtemps que le monde n'avait pas été si lisible.


Moi qui ne rêve jamais, je rêve ces temps-ci de manière transitoire, discontinue, lointaine et grésillante – comme si le signal du rêve provenait du plus lointain cosmos – je rêve de Trump, qui comme tout un chacun m'obnubile, de manière chamanique, et de la guerre qui vient.

Dans Le Rêve du Jaguar, on raconte comment le pétrole ne cesse de jaillir à Maracaibo en une perpétuelle marée noire.